27 juil. 2017

IL EST DES RENCONTRES QUI RENVOIENT À SON PROPRE PASSÉ

Une poupée à Calcutta…
Je marchais depuis plusieurs jours dans l'effervescence de Calcutta, quand, aux détours d'une des allées du parc Maidan, je rencontrai cette poupée qui gisait seule, perdue, abandonnée. Je saisis le moment avec la photo ci-jointe.
Quelques années plus tard, cette rencontre a inspiré un passage dans mon livre "Coming in".
En voici le début :
« Pour la troisième fois, je finis ma promenade par le Maïdan, la version locale de Central Park située au cœur de Calcutta et à proximité de mon hôtel. Sur un côté, des chevaux paissaient tranquillement ; plus loin, en retrait un club de polo ; à gauche, des adolescents assis au bord d’un bassin en pierre ; tout au bout, la Reine Victoria boudeuse et hautaine.
Je choisis de m’écarter de la partie centrale, et m’engageai dans un chemin de terre serpentant entre des bosquets. Là, tapie dans l’ombre, à moitié cachée par une branche qui s’inclinait sur elle, dormait une poupée de chiffon. Innocente, érodée par les pluies qu’elle avait endurées, elle gisait. A qui avait-t-elle appartenu ? Où était l’enfant qui l’avait perdue ? 
Je me sentis envahi par un flot d’émotions, comme si je venais de retrouver mon doudou perdu. Machinalement, ma main se porta à ma bouche, et je dus me retenir de sucer mon pouce. Besoin de la prendre dans mes bras.
Je me laissai glisser sur le sol juste à côté d’elle, et posai ma main délicatement sur elle. Attention à ne pas appuyer. Le coton était tellement usé que mes doigts passeraient au travers. Presque transparent. Sous ce voile, elle était nue. Si douce, si fragile. 
Je la pris, la déposai sur mes genoux et m’appuyai contre le tronc de l’arbre voisin. L’endroit était calme et paisible, suffisamment reculé pour que les passants ne s’y aventurassent pas. C’était sans doute pour cela que la poupée était encore là. J’étais en dehors du monde. Juste avec elle.
Je la caressai lentement, et fermai les yeux.  

Je sens la chaleur de la main de ma mère et la peur de la perdre. Je sais pourtant que cela va se produire. De rage, mes pleurs redoublent... »

4 juil. 2017

VOYAGE À CALCUTTA

Coming in – Voyage en Inde
Montage de photos prises à Calcutta, lors d'un voyage qui a inspiré le passage correspondant dans mon roman Coming in.

2 juil. 2017

VOYAGE À HAMPI (2)

Coming in – Voyage en Inde
Montage de photos prises dans le village de Hampi, lors d'un voyage qui a inspiré le passage correspondant dans mon roman Coming in.

30 juin 2017

LE VILLAGE DE HAMPI

7ème extrait
"Dans l’après-midi du lendemain, j’entrepris de visiter le village de Hampi, village que je n’avais qu’entraperçu depuis mon arrivée.
Quelle ne fut ma surprise de le découvrir éventré. A même le sol. Un Beyrouth indien. Pourtant aucune bombe n’était tombée dessus. Aucune guerre à proximité.
Partout des tas de briques et de ferraille.
Un escalier encore vaillant me permit d’atteindre une terrasse précaire. De là, je plongeai au cœur des maisons béantes. Des murs jaunes, roses ou bleus, des sols exempts de tous objets, des intimités bafouées, des lieux privés de vie.
Un coup de tonnerre me fit sursauter. A quelques mètres, sous la pression des coups d’un bulldozer, un mur venait de s’effondrer. Le champ de bataille sur lequel je me trouvais n’était pas ancien, mais vivant. La mort était là, à l’œuvre, méthodique et déterminée..."

28 juin 2017

VOYAGE À HAMPI

Coming in – Voyage en Inde
Montage de photos prises dans le jardin zen de Hampi, lors d'un voyage qui a inspiré le passage correspondant dans mon roman Coming in.

26 juin 2017

LE JARDIN ZEN DE HAMPI

6ème extrait
"Un jardin zen surnaturel et surdimensionné, où des rochers, empilés les uns sur les autres, défient les lois de la gravité. Un paysage sculpté avec parcimonie. 
De l’ocre, quelques touffes vertes, un ciel azuréen, et, surgissant aléatoirement dans cet univers massivement minéral, des temples. Des colonnades répondent en écho à des rocs dans un immense labyrinthe désertique avec une rivière pour seul point de repère.
Je triangulais l’Inde : après la mystique Bénarès et l’effervescente Calcutta, Hampi la lunaire.
Le nombre des monuments semblait illimité. Comme l’horizon, le terme des constructions était sans cesse repoussé. Mes pas épuiseraient-ils cette réserve apparemment infinie ?..."

24 juin 2017

VOYAGE À BÉNARÈS

Coming in – Voyage en Inde
Montage de photos prises à Bénarès, lors d'un voyage qui a inspiré le passage correspondant dans mon roman Coming in.

22 juin 2017

BÉNARÈS

5ème extrait
"Bénarès est une hydre à deux têtes, Jekyll et Hyde, deux mondes parallèles, juxtaposés et entremêlés, un côté lumineux, un côté obscur.
Au bord du Gange, le pays des Dieux et de la lumière. Le soleil y balaie la moindre marche, le moindre recoin. 
Aucun arbre, aucun abri pour s’en protéger, juste des berges en pierres nues et sans artifices. Aucune sculpture. Aucune ombre. Rien pour se cacher. Caïn assujetti pour toujours au regard des Dieux. Aucune chance de se soustraire ni au fleuve, ni au ciel. 
Être au bord du Gange, c’est être écorché vif et mis à nu..."

20 juin 2017

LE CAUCHEMAR

4ème extrait
"Irrésistiblement, je glisse. 
Mes mains tentent de s’agripper à la moindre aspérité. Pour tout résultat, mes paumes ne sont que plaies, mes ongles arrachés. Ma vitesse s’accélère sans cesse. 
Trop vite, je vais trop vite. Bientôt je serai broyé, explosé sur le sol que je vais finir par atteindre.
Aucune lumière, le noir absolu, juste le souffle de ma vitesse. Une pensée m’obsède : freiner ma chute, coûte que coûte. Essayer à tout prix. Jouer des coudes. En vain. 
Essayer encore et encore. Les genoux, puis les pieds. La chute se poursuit. Inexorablement. Au-dessus, le rond du jour n’est plus qu’un point à peine perceptible. 
Inutile de crier : aucun son ne peut sortir du puits dans lequel je plonge. J’ai été jeté dans des oubliettes..."

18 juin 2017

POUSSER DES PORTES

3ème extrait de "Coming in"
"Voilà presque quarante ans que je poussais des portes. L’une après l’autre. Sans réfléchir. Par curiosité. Par paresse. Ou juste parce qu’elle était là. Difficile de résister au charme de l’inconnu. Du mystère.
Mais derrière une porte, on ne trouve que par accident ce que l’on cherche. Ai-je jamais d’ailleurs cherché quoi que ce soit ? Qui que ce soit ? Qui peut prétendre savoir pourquoi il fait tel choix plutôt que tel autre ?
Et personne ne m’avait prévenu que pousser certaines portes conduisait à des glissades définitives. Une fois franchie, on perd le contrôle de sa vie pour dépendre de ce qui se trouve au-delà.
Certaines portes délimitent et dessinent des espaces, quand d’autres sont les trous des peaux de mondes successifs, des passerelles qu’il suffit d’emprunter pour basculer de l’un à l’autre. 
Fermées, elles interdisent l’accès, et cachent ce qui est inconnu. Fermées, elles laissent place à l’imagination. Pourquoi vouloir savoir ? Pourquoi ne pas laisser son esprit voguer, et se contenter de rêver ce que l’on ne voit pas ?
Entrouvertes, elles sont un appel, une invitation à se glisser le long d’elles. Il faut les saisir vite de peur qu’elles ne se referment..."

16 juin 2017

L’ALIEN

2ème extrait de "Coming in"
"Juste après le décollage de Rome, l’Alien me dévora. D’une bouchée, il engloutit mon passé, et me digéra. J’étais absorbé, anéanti. Le dedans était devenu le dehors, l’accessoire l’essentiel. J’étais devenu l’Alien, et réciproquement. Inversion. Retourné comme un gant.
En montant dans le petit avion qui m’emmènerait vers Cagliari, j’avais senti la violence de la transformation en cours. En bouclant ma ceinture de sécurité, j’avais vu la tête de l’Alien chercher sa voie pour surgir. En regardant les pistes de Fiumicino disparaître, j’avais compris que je m’effaçais. J’avais fermé les yeux un instant, et c’était lui qui les avait rouverts. 
Qui était-il ? Je n’en savais rien. Je ne le connaissais pas. Je ne me connaissais plus. De lui qui m’habitait depuis si longtemps, j’ignorais tout. Un passager clandestin, un squatteur. Il avait traversé le miroir, et m’avait renvoyé symétriquement de l’autre côté. Maintenant, c’était moi le squatteur, le passager clandestin, l’Alien. J’étais étranger à moi-même. Je me regardais de l’intérieur. J’étais le spectateur de mon viol. J’avais été kidnappé sans demande de rançon..."

14 juin 2017

LE SAUNA

1er extrait de "Coming in"
"Il était un peu moins de vingt-deux heures quand je pénétrai dans le sauna IDM. Une plaque sur le porche dans la rue et une porte discrète au fond de la cour. Le sexe furtif et caché, comme coupable.
Qui avait peur de qui ? La société de savoir que de tels lieux existaient ? Vive l’hypocrisie judéo-chrétienne ! Ceux qui s’y rendaient de voir leur identité être connue ? Moi-même, entrerais-je dans un sauna s’affichant publiquement dans une rue passante ? Certainement pas. Alors…
Et la dissimulation fonctionnait aussi comme une cocaïne de la jouissance. Une poudre dont j’aimais à saturer mes pores..."

QU’EST CE QU’UN LIVRE RÉUSSI ?

Commentaire d’Alexandre Jardin
Merci à Alexandre Jardin pour son commentaire fait sur Facebook au sujet de mon nouveau roman Coming In


7 juin 2017

COMING IN

Comment faire face à cet Alien qui a grandi et vous dévore de l’intérieur ?
"Coming in" est mon deuxième roman et le premier à fort contenu autobiographique. 
Il tourne autour de cette question : si, jour après jour, volontairement ou involontairement, on a cimenté une identité et une image tricheuse tant pour soi-même que pour les autres, comment fait-on quand on se réveille en se découvrant autre ? Comment faire face à cet Alien qui a grandi et vous dévore de l’intérieur ?
Voici son 4ème de couverture : 
"Le coming out n’est pas la solution, mais le problème. Il fallait arrêter mon coming out, arrêter mon implosion. Tant qu’il en était encore temps.
Et à supposer que je n’implose pas, que se passerait-il après avoir dit à tous ma part obscure ? Si ce qui se trouvait caché en moi émergeait au grand jour, que se passerait-il dans la minute, l’heure, le jour suivant ?
Non, j’avais besoin de l’inverse. D’un coming in.
Pour pouvoir décider ce que je voulais faire, il me fallait réparer ma fracture. 
De l’intérieur, et non pas de l’extérieur. 
In et non pas out. 
Prendre le temps de plonger en moi pour comprendre comment et pourquoi j’étais passé à côté de moi-même…"

19 mai 2017

Coming in

Voilà la couverture de mon nouveau livre. 
Sortie confirmée pour juin. 
Plus d'informations prochainement...

14 avr. 2017

A VOIX HAUTE

Il y a une incohérence, voire un contresens, ou pire une forme de mépris à écrire pour parler d’un film sur l’éloquence. Car précisément écrire ce n’est pas parler, et les mots sans le son n’ont pas de puissance.
Oui, j’aurais dû me lever, je devrais déclamer, c’est une vidéo qu’il me faudrait avoir tournée. Mais ce soir, je suis paresseux, aussi c’est sur un clavier que ma voix s’est posée, et mes mots, il vous faut les lire et non pas les entendre. Peut-être pourriez-vous les chanter dans vos têtes afin de mieux comprendre la musique de ce film. Peut-être…
Quel souffle, quelle énergie, quelle joie dans ce documentaire ! Un bain de jouvence, une image enfin positive du 93 – qui ne s’appelle plus neuf trois, mais bien quatre-vingt treize -, un métissage permanent.
En ces temps où le discours politique met l’accent sur le pire, où montent des candidats qui jouent sur les peurs, où la France doute de son avenir, qu’il est bon de voir que le meilleur est là. Juste là. A portée de mots et de voix.
Merci à Eddy, Leïla, Elhadj et tous les autres. Merci aux professeurs qui les aident à accoucher de leur meilleur. Merci aux réalisateurs Stéphane de Freitas et Ladj Ly.
Merci enfin à Édouard Baer et Kery James qui ont participé au jury final. Édouard Baer donne tous les matins sur Radio Nova des leçons d’intelligence et de poésie. Et Kery James – dont j’ai souvent parlé sur mon blog – apporte la touche finale en slammant sa chanson banlieusard.
Bref avant d’aller voter dimanche prochain, prenez le temps de voir ce merveilleux film.

Ah j’allais oublier son titre : A voix haute J

20 févr. 2017

TERRITOIRES, CITOYENS ET SOLUTIONS LOCALES, LES TROIS ABSENTS DE LA PRÉSIDENTIELLE

Sortir de quatre siècles de centralisation
A quelques exceptions près, tous les candidats passent par pertes et profits trois piliers sur lesquels devrait être bâti tout programme réaliste et ambitieux : les territoires, les citoyens, les solutions locales. 
Conditionnés par quatre siècles de centralisation et de culture de l’homme ou de la femme miracle, nous continuons d’accepter ce qui n’a plus lieu de l’être.
Les Territoires ne devraient pas n’être qu’un décor
Notre vision collective est structurée par la pensée de Descartes et l’action de Louis XIV.
Le premier avec son célèbre « Je pense, donc je suis » est le père de la méthode scientifique, et, dans la caricature qui en a été faite ensuite, d’une pensée « hors-sol » pour laquelle la carte est plus importante que le territoire : d’abord la pensée, ensuite l’existence. 
C’est ce que l’on retrouve dans le jardin à la française où l’on configure le terrain au dessin fait a priori, à  l’inverse du jardin à l’anglaise où l’on cherche beaucoup plus à tirer parti des anomalies naturelles. 
Ainsi pour nos politiques – et pour toute la technostructure qui inspire et conditionne largement leur pensée –, les territoires ne sont que des lieux théoriques et sans importance : la pensée est première, et le local ne sera que le lieu où elle s’exprimera. L’idéal serait une France homogène et nivelée.
Tout l’inverse d’une logique expérimentale qui part elle du territoire et cherchera à en extraire des récurrences et des lois.
Approche ascendante versus descendante. Jardin à la française versus jardin à l’anglaise… 
Surtout qu’à cette approche intellectuelle de la verticalité, est venue se greffer l’action initiée par Louis XIV : pour asseoir son pouvoir face aux princes rebelles, il a construit le château de Versailles et a exigé que tous ceux qui voulaient participer au pouvoir quittent leurs terres pour rejoindre la Cour. 
A commencé la disjonction entre pouvoir et territoire, et avec elle, la centralisation à la française. Elle s’est ensuite sophistiquée sous les inventions successives de la République des Jacobins, le génie administratif et militaire de Napoléon, pour être parachevée avec l’École Nationale d’Administration par le Général de Gaulle en 1945.
Cerise sur la gâteau, la théorie construite par les Grands Corps d’État – je la connais de l’intérieur, en en étant moi-même issu –, qui considère que tout acteur local est juge et parti, et qu’il est donc préférable de confier la décision à des experts loin du terrain.
Oui en France, la carte est plus importante que le territoire, la théorie que le réel. Pensons juste et l’intendance suivra…
Il serait temps de prendre conscience combien cette vision est néfaste au bon fonctionnement d’un État moderne. Que la performance d’un pays comme l’Allemagne est corrélée avec la puissance de ses Länders et de ses métropoles.
Pourquoi ne pas prendre conscience qu’à part la définition de quelques minimums communs à respecter en tout point de la France, des politiques nationales du logement, de l’emploi, de la santé, etc. n’ont pas grand sens ? Depuis Paris, on ne peut que théoriser, penser à partir de moyenne, comme si la France n’était pas riche de sa diversité.
Les Citoyens ne devraient pas n’être que des spectateurs
En matière de citoyenneté, deux discours se rencontrent, deux extrêmes dangereusement excessifs.
Pour les uns – et ils sont largement majoritaires –, les citoyens sont absents en dehors du moment de l’élection : la politique est une affaire de professionnels ainsi que le management de l’État. Tout doit être confié à des spécialistes politiques et administratifs, et souvent un panachage des deux.
De temps en temps, on peut consulter les citoyens – soit au travers de sondages, soit via des procédures ad hoc –, mais jamais les associer à la prise de décision, et encore moins à sa mise en œuvre.
Bref, pour eux, les citoyens sont des consommateurs de la politique, pas des acteurs.
Pour d’autres, les citoyens sont l’Alpha et l’Omega d’une politique vraiment démocratique : il faudrait mettre en place un processus purement ascendant qui accoucherait nécessairement des meilleures décisions et des meilleurs choix. Le pouvoir au peuple, voilà la réponse à tous nos maux.
Dans cette logique, on en appelle à une sixième république, à des agoras citoyennes, à un rejet de toute expertise, et on veut conduire à un bûcher salvateur tous ceux qui prétendraient encadrer ce grand appel démocratique.
Sommes-nous condamnés à avoir à choisir entre ces deux extrêmes ?
Pourtant il suffit d’aller sur l’autre rive du lac Léman pour trouver un pays, la Suisse, qui a su trouver un équilibre pertinent : chaque citoyen peut s’y exprimer, aucun politique ne peut diriger sans tenir compte de la volonté des habitants du pays, un gouvernement gouverne.
Pourquoi diable ceci serait impossible chez nous ? Qui ne voit pas que ce dessaisissement des citoyens est une machine à détruire le consensus social ?
Clairement, agir en ce domaine va de pair avec la décentralisation : décentralisation et démocratie citoyenne sont le pile et le face de la nouvelle pièce qui nous faut maintenant lancer.
Les solutions locales ne devraient pas n’être que des anecdotes
La pensée verticale et descendante, et la professionnalisation de la politique et de la gestion de l’État conduisent à compter pour quantité négligeable ce qui est entrepris localement : ce ne sont que des anecdotes, puisque elles n’ont ni une portée nationale, ni été pensées par le système central. 
Le local est au mieux un champ d’expérimentation, mais à condition que celle-ci ait été préalablement validée et cadrée par un organisme national. Sinon c’est vécu comme un acte de rébellion ! 
Pourtant la France fourmille d’actions concrètes qui réparent chaque jour les fractures sociales. Sans elles, notre pays se serait très probablement disloqué. Ces actions sont lancées et pilotées par des élus locaux, des associations, des entreprises ou parfois simplement des citoyens sans nécessairement la mise en place de structures juridiques.
Recenser ces actions locales qui ont réussi, identifier celles qui pourraient se développer sur d’autres territoires, aider à mettre en forme un « kit marketing » facilitant ce déploiement relève du bon sens. Pourtant, ce n’est pas ce qui est fait par l’État central. Loin de là !
C’est la logique qu’a mise en place Alexandre Jardin dans Bleu Blanc Zèbre, et plus récemment dans la Maison des Citoyens et le mouvement Les Citoyens. Cela rejoint aussi celle d’un mouvement comme les Colibris de Pierre Rabhi.
Pourquoi donc ne pas avoir demain un État qui, en dehors des fonctions régaliennes, repère les initiatives nées localement – en France comme à l’étranger –, débloque les quelques moyens nécessaires pour finaliser un vrai package marketing de déploiement, et enfin facilitent leur diffusion.
Moins cher, plus rapide, plus efficace.
*
*      *
Avec une vraie décentralisation – c’est-à-dire en confiant aux territoires tout ce qui peut et doit être géré au niveau local –, l’État pourra se focaliser sur le régalien : la politique fiscale, un nouveau pacte social (contrat de travail, retraite, garanties sociales, etc.), la justice et la sécurité, les affaires étrangères, l’Europe, la Défense. 
Désengorgé de ce dont il ne devrait pas s’occuper, il pourra à nouveau agir vraiment. Avec la fin de l’entremêlement actuel de nos organisations collectives, on pourra faire le tri parmi les politiques publiques, diminuer des déficits publics et abaisser du niveau des prélèvements enclenchés.
Avec la démocratie citoyenne, les liens entre Français pourront se recréer, et l’intelligence collective se développer.
Avec le renforcement de ce qui est né localement, l’action pourra devenir rapide et à bas coût.
Tel est le triple changement de méthode. 

Qui s’en saisira ?

18 févr. 2017

OÙ EST LE NOMBRIL DU MONDE ?

La carte et le territoire
Souvent, du haut de nos certitudes d’Occidentaux et de notre conviction que la raison scientifique l’emporte toujours, nous oublions que l’absolu et le vrai n’existent que rarement, et que tout est affaire de point de vue, c’est-à-dire de l’endroit d’où nous regardons le Monde.
Notamment, notre façon de représenter la Terre et les continents qui la peuplent dit beaucoup de nos croyances et oriente – sans que nous en rendions compte – notre compréhension de la situation internationale.
Le Monde de ce dimanche – donc daté du 20 février – nous permet de prendre du recul, et, le temps de la lecture d’un article, d’endosser les lunettes des intellectuels chinois.

Prenez le temps de regarder cette carte, et comprenez combien le changement de carte change toutes les perspectives…

DANS LE SACRÉ DES EAUX DU GANGE

L’eau est l’essentiel, les monuments l’accessoire
Je pris conscience de la scène qui se déroulait devant moi : dans le Gange, les toilettes s’étaient faites rares, les prières les avaient remplacées. Je regardai des Indiens descendre lentement dans l’eau, s’immerger jusqu’à la ceinture, avec des coupelles prélever un peu du précieux liquide et s’en asperger religieusement, renouveler de nombreuses fois les gestes, puis remonter sur les marches pour laisser sa place à d’autres qui, calmement, le regard perdu dans le lointain, attendaient leur tour.
Je décidai de m’approcher. 
Quelques minutes plus tard, j’étais assis sur la dernière marche du ghât, mes sandales posées sur le côté, les pieds dans l’eau. Elle était délicieusement tiède.
Un peu au large, des pneus réunis constituaient un ponton flottant. De jeunes adolescents nageaient autour, l’escaladaient, et en plongeaient. Arrière-plan enjoué où le religieux n’avait pas sa place. L’un d’eux m’aperçut et me fit de grands signes de main. Au bout d’un moment, je compris qu’il me proposait de les rejoindre. 
Pourquoi pas après tout ? Il faisait si chaud, et un bain ne pouvait pas me faire de mal. J’ôtai mon tee-shirt et en short descendis dans l’eau. 
Les marches du ghât se poursuivaient sous l’eau, et je découvris pourquoi les fidèles pouvaient si facilement se tenir debout pour leurs ablutions rituelles. Au bout de quelques pas, je sentis le vide sous mes pieds, et piquai tête la première dans le fleuve. 
Comme une gifle, je reçus la force du courant. De l’extérieur, impossible de la percevoir, tant le Gange semblait presque immobile. Il n’en était rien. Musclé par les pluies de la moisson, il voulait m’avaler et m’emporter. Heureusement, je suis bon nageur, et en tirant des bords, atteignis le ponton et me hissai dessus.
De là, les perspectives étaient inversées : ce n’était plus le Gange qui coulait, mais la ville qui s’affaissait vers lui. Chacun des ghâts, chacune des maisons, chacun des arbres glissaient à son appel. Les monuments de Bénarès n’avaient pas d’importance par eux-mêmes, ils n’étaient que des prétextes, des faire-valoir pour célébrer le Gange.
A l’inverse, en France, l’eau n’est que le reflet et le miroir du spectacle : Notre-Dame se mire dans la Seine, et le Mont Saint Michel surgit au rythme des marées. En aucun de ces lieux, l’eau n’a d’existence propre. Elle n’est pas porteuse de sens, il est ailleurs : il est dans le monument qui la domine. Même les eaux de Versailles ne sont que l’accessoire, un embellissement, une virgule sur l’essentiel, c’est-à-dire le château.
Ici, à Bénarès, les bâtiments ne sont qu’un décor qui souligne le cours du Gange, les ghâts des chemins pour permettre de l’adorer et de s’y plonger. 
L’eau est le sacré, l’expression de la puissance divine. Elle est prête à accueillir les hommes, les laver de leurs souillures, et les emporter dans son mouvement permanent. C’est elle qui donne vie à ce qui l’entoure. Le creux est le plein. La permanence est dans le mouvement, l’accessoire dans l’immobile.
Sous le soleil finissant, je restai allongé sur le ponton. Les adolescents étaient partis depuis longtemps. J’étais seul. Aucun bruit. Juste celui du frottement de l’eau. Je rêvais à la limite de l’endormissement.
 
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